ChatGPT et devoirs : comment une école internationale apprend à utiliser l’IA intelligemment

Un devoir à préparer, une notion mal comprise, une dissertation à commencer : quelques secondes suffisent désormais pour demander de l’aide à une intelligence artificielle générative. ChatGPT, Gemini et d’autres outils sont entrés dans le quotidien des élèves, et avec eux une question pour les parents : si mon enfant utilise l’IA pour faire ses devoirs, est-ce qu’il apprend encore vraiment ?

La réponse dépend moins de l’outil que de la manière dont il est utilisé. Demander à une IA d’expliquer autrement une notion difficile n’est pas la même chose que lui confier la rédaction d’un devoir. C’est cette frontière que l’école doit aujourd’hui apprendre aux élèves à reconnaître.

Faire son devoir n’est pas forcément apprendre :

L’IA pose à l’école un problème inédit : elle permet d’obtenir un bon résultat sans nécessairement avoir acquis les compétences nécessaires pour le produire.

La distinction entre performance et apprentissage est essentielle. Le MIT rappelle qu’une bonne performance correspond à la réussite d’une tâche à un moment donné, alors que l’apprentissage suppose une modification durable des connaissances ou des compétences, que l’on pourra réutiliser dans une autre situation.

Une étude récente menée auprès de 26 811 collégiens et lycéens chinois illustre ce risque. Six mois après avoir commencé à utiliser l’IA générative, les élèves terminaient leurs devoirs plus rapidement et obtenaient de meilleures notes. Mais leurs résultats aux examens réalisés sans IA diminuaient. Les chercheurs observent surtout que les effets dépendent de la manière dont l’outil est utilisé : les élèves qui lui délèguent une part importante du travail connaissent aussi les pertes d’apprentissage les plus importantes.

L’enjeu n’est donc pas simplement de savoir si un élève a utilisé ChatGPT ou Gemini, mais ce qu’il lui a demandé de faire à sa place.

Interdire l’IA ou apprendre à s’en servir :

Interdire l’IA pourrait sembler être la solution la plus simple. Mais ces outils feront partie de l’environnement universitaire et professionnel dans lequel les élèves évolueront demain.

L’UNESCO recommande une approche centrée sur l’humain, dans laquelle l’utilisation de l’IA est encadrée, adaptée à l’âge et associée à une éducation aux enjeux éthiques, à la protection des données et aux limites de ces technologies.

C’est également le choix fait au sein du réseau Elbilia International, dans le cadre de l’approche « Numérique Humain EDC » , développée par Jean Huson de Sampigny, notre référent EdTech: un numérique utile et raisonné, au service des apprentissages, sans remplacer les pratiques pédagogiques ni les compétences humaines.

L’IA y est abordée comme outil pédagogique pour les enseignants, comme objet de réflexion dans les différentes disciplines et comme assistant pour l’élève, lorsqu’elle lui permet de mieux comprendre, apprendre ou s’entraîner. Avec une idée centrale : l’IA peut aider l’élève à réfléchir, mais elle ne doit pas réfléchir à sa place.

 

Une IA qui « enseigne » plutôt qu’une IA qui donne la réponse :

Utilisée autrement, l’IA peut devenir un outil d’apprentissage intéressant. Un élève peut lui demander d’expliquer autrement une notion, de créer des questions pour vérifier qu’il connaît son cours, de lui donner un indice sans fournir la solution ou encore de commenter un raisonnement qu’il a lui-même construit.

Les recherches récentes sur les tuteurs utilisant l’IA générative montrent des résultats encourageants lorsque ces outils sont conçus selon de véritables principes pédagogiques. Les plus efficaces ne se contentent pas de donner la réponse : ils questionnent l’élève, lui fournissent des indices et l’accompagnent progressivement vers la solution. À l’inverse, une IA qui permet de contourner l’effort nécessaire à l’apprentissage peut produire l’effet opposé.

La question n’est donc pas seulement « Utilises-tu l’IA ? », mais « Comment l’utilises-tu ? »

Comprendre, questionner, expérimenter, puis maîtriser :

Encore faut-il apprendre aux élèves ce que ces outils savent, et ne savent pas, faire.

C’est l’objectif du parcours développé dans le réseau Elbilia International autour de quatre verbes : comprendre, questionner, expérimenter et maîtriser. L’opération « IA & Moi(s) » a ainsi permis de sensibiliser plus de 2 000 élèves. Au primaire, des activités ludiques permettent de démystifier l’IA et d’apprendre à reconnaître les fausses informations. Au collège et au lycée, les élèves travaillent sur son fonctionnement, mais aussi sur ses erreurs, ses biais, la dépendance, la mémorisation, la vie privée et la vérification des réponses.

Ils sont également placés en situation de création : podcasts, journal « vrai/faux », exposition « Le cerveau & la machine » comparant productions humaines et productions générées par IA, ou hackathon IA dans le cadre des Maker Games.

L’objectif n’est donc pas simplement d’apprendre à écrire de bons prompts, mais de développer une véritable culture de l’IA et le recul nécessaire pour questionner ce qu’elle produit.

Pour les devoirs, l’IA n’a pas toujours la même place :

Comment un élève peut-il savoir précisément ce qui est autorisé ?

Cette année, un repère à trois niveaux permet aux enseignants des établissements Elbilia International d’indiquer clairement la place de l’IA dans un travail :

  • Interdit : l’élève réalise le travail sans IA, notamment lorsque l’objectif est de vérifier ce qu’il sait faire seul.
  • Partenaire : l’IA peut l’aider à certaines étapes (chercher une piste, obtenir une autre explication, s’entraîner ou recevoir un retour), mais l’élève reste l’auteur du travail.
  • Collaboration : l’utilisation de l’IA fait partie de l’exercice. L’élève peut produire avec elle, mais aussi analyser, sélectionner, corriger ou critiquer ce qu’elle génère.

Cette logique rejoint les réflexions internationales sur l’évaluation. L’AI Assessment Scale propose par exemple différents niveaux d’intégration de l’IA selon ce que l’exercice cherche à évaluer. Il ne s’agit plus seulement de déterminer si l’IA est « autorisée » ou « interdite », mais de faire en sorte que son utilisation reste cohérente avec l’objectif d’apprentissage.

 

Nos enseignants aussi apprennent à travailler avec l’IA :

Cette transformation concerne aussi les enseignants. Au sein du réseau Elbilia International, ils participent régulièrement à des ateliers pratiques et disposent d’un module de formation en ligne. Des licences éducatives Gemini et Canva Éducation ont également été mises à leur disposition.

L’IA peut les aider à créer des exercices, produire différentes versions d’un support ou imaginer de nouvelles manières d’expliquer une notion. Mais elle reste un assistant : elle complète le travail de l’enseignant sans remplacer son expertise pédagogique ni son rôle auprès de l’élève.

A la maison, le rôle des parents :

Les parents ont eux aussi un rôle à jouer, sans avoir besoin de devenir experts en intelligence artificielle. Plutôt que de demander uniquement « Tu as utilisé ChatGPT ? », quelques questions ouvrent une discussion plus intéressante : Qu’est-ce que tu lui as demandé ? Pourquoi ? As-tu vérifié sa réponse ? Qu’as-tu modifié ? Qu’as-tu appris ? Serais-tu capable d’expliquer ce travail sans elle ?

Cette réflexion sera prolongée avec les familles durant l’année scolaire 2026-2027 à travers un guide de parentalité numérique et des Cafés EdTech. Car savoir utiliser l’intelligence artificielle devient progressivement une compétence. Mais la maîtriser suppose quelque chose de plus difficile encore : savoir quand elle peut nous aider, et savoir quand il vaut mieux s’en passer.

Dans un monde où certaines tâches seront de plus en plus automatisées, l’enjeu de l’école reste précisément de développer ce qui ne doit pas l’être : la capacité à réfléchir, créer, argumenter, collaborer et exercer son esprit critique.

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